Loïc BrondeauExpert Patrimoine et Protection Sociale

Retraite & transmission

PER : beaucoup d’idées reçues et des leviers souvent inconnus

On présente souvent le PER en une phrase : « Vous paierez moins d’impôt aujourd’hui, et vous serez moins imposé à la retraite. » C’est court. C’est vendeur. C’est aussi incomplet.

Son intérêt mérite mieux : une vraie réflexion sur votre fiscalité, votre futur niveau de vie et la protection de votre famille. Quatre questions permettent de comprendre ce que cet outil peut apporter — et les conditions qui font toute la différence.

1 Une baisse de revenus ne garantit pas une baisse de tranche

Vous pouvez subir une baisse importante de revenus et rester dans la même tranche d’imposition. Une tranche couvre un intervalle de revenu imposable : reculer dans cet intervalle ne signifie pas en sortir.

Votre retraite ne se résume pas non plus à votre pension. Des loyers peuvent continuer à tomber. Votre conjoint peut encore travailler. Le départ des enfants du foyer fiscal peut modifier votre nombre de parts.

Le taux marginal désigne la tranche la plus élevée atteinte ; il ne correspond pas au taux moyen payé sur l’ensemble de vos revenus. Confondre les deux conduit à de mauvaises comparaisons.

Présenter la baisse de tranche comme automatique, c’est donc laisser une partie essentielle de l’explication de côté. Une projection de retraite sérieuse examine les revenus du foyer et les retraits envisagés, pas seulement la différence entre le dernier salaire et la première pension.

Pour une sortie en capital issue de versements volontaires déduits, les versements sont soumis au barème de l’impôt sans abattement de 10 %. Les gains suivent une fiscalité distincte. Le calendrier des retraits doit donc être anticipé. Source Allianz

Moins de revenus, même tranche à 30 %

Barème 2026 sur les revenus 2025 · Revenu net imposable · Une part
0 %Jusqu’à 11 600 €
11 %De 11 600 à 29 579 €
30 %De 29 579 à 84 577 €
41 %De 84 577 à 181 917 €
45 %Au-delà de 181 917 €
Fraction à 0 %Fraction à 11 %Fraction à 30 %
Avant la retraite60 000 €
TMI : 30 % · Taux moyen brut : 18,5 %Impôt brut : 11 104 €
À la retraite · −40 %36 000 €
TMI : 30 % · Taux moyen brut : 10,8 %Impôt brut : 3 904 €
Les seuils inférieurs sont exclus, les seuils supérieurs inclus. Calcul avant corrections et avantages fiscaux.

2 À tranche identique le levier fiscal peut rester puissant

« Si je déduis à 30 % et que je ressors à 30 %, je rends ce que j’ai économisé. Quel intérêt ? »

L’intérêt potentiel se trouve entre ces deux dates. La déduction peut permettre de faire travailler une somme plus importante pour un même effort net d’épargne.

Prenons 10 000 euros intégralement déductibles dans une tranche à 30 %. L’économie d’impôt atteint 3 000 euros : l’effort net est de 7 000 euros, tandis que 10 000 euros sont investis. Il faut toutefois avancer la trésorerie jusqu’à l’obtention effective de l’économie fiscale.

Voici une illustration volontairement simplifiée. Nous supposons que le capital double, après frais mais avant fiscalité, sans prévoir ni durée ni rendement annuel. Les deux placements ont la même performance et les gains supportent par hypothèse le même prélèvement de 31,4 %. Le taux appliqué aux versements du PER à la sortie reste de 30 %.

À effort net identiquePERPlacement de comparaison
Effort net initial7 000 €7 000 €
Somme investie10 000 €7 000 €
Capital après doublement supposé20 000 €14 000 €
Impôt à la sortie sur les versements3 000 €0 €
Prélèvement supposé sur les gains3 140 €2 198 €
Capital net final13 860 €11 802 €

L’écart de 2 058 euros provient des gains produits par le capital supplémentaire investi. L’économie fiscale initiale n’est pas ajoutée une seconde fois au résultat.

Ce calcul illustre un mécanisme, pas une supériorité universelle du PER. Le placement comparé n’est ni un PEA ni une assurance vie avec leurs régimes propres. Une simulation personnelle doit tenir compte des enveloppes réellement accessibles, des frais, des risques, du délai fiscal et de la possibilité de financer le versement initial. Le capital peut baisser, et les règles fiscales peuvent évoluer.

Mais écarter le PER au seul motif que la tranche restera identique fait passer à côté d’un levier qui peut être significatif.

3 Douter de sa retraite devrait conduire à préparer un complément

« Je n’aurai pas de retraite. » La phrase revient souvent. Elle exprime une inquiétude ; elle ne constitue pas une projection.

Le vieillissement est pourtant réel. Au sortir de la guerre, en 1946, les personnes de 65 ans ou plus représentaient 11,1 % de la population métropolitaine. En 2025, elles représentent 21,8 % de la population française. Les périmètres géographiques diffèrent : ces repères illustrent le vieillissement, sans constituer un ratio comparable de cotisants par retraité. Insee historique · Insee 2025

Pour le financement des retraites, le COR fournit une comparaison plus directement utile : 2,1 cotisants par retraité en 2002, contre 1,8 en 2025. Son scénario de référence de juin 2026 projette environ 1,3 en 2070. La dernière valeur est une projection, dépendante des hypothèses retenues. COR 2026, page 74 du PDF

L’équation est exigeante : les ressources dépendent notamment du nombre de cotisants, des revenus soumis à cotisation et des taux appliqués ; les dépenses dépendent du nombre de retraités et des pensions servies. L’emploi, les salaires, l’âge de départ et les financements publics comptent donc aussi. La démographie seule ne permet pas d’annoncer la disparition des pensions.

En revanche, une question mérite d’être posée : si vous doutez que votre retraite suffise à maintenir votre train de vie, qu’avez-vous prévu pour compléter vos revenus ?

C’est ici que le PER mérite d’être étudié. Son objectif de long terme et son mécanisme fiscal peuvent servir une démarche régulière de constitution de capital. Il faut conserver une épargne disponible à côté : assurance vie, PEA ou autres solutions peuvent compléter la stratégie selon votre situation.

Vous n’êtes pas obligé de choisir un PER. Mais écarter cet outil sans l’examiner, tout en affirmant qu’il faudra préparer soi-même une partie de sa retraite, laisse une question importante sans réponse.

4 La transmission peut changer la lecture du PER

Le raisonnement concerne ici le PER assurantiel, conservé sous forme d’épargne. Un PER bancaire ou un plan déjà transformé en rente ne se traite pas de la même manière.

Avant 70 ans, le décès relève en principe du cadre de l’article 990 I, avec un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, partagé avec les autres contrats du même assuré relevant de ce régime. L’assiette exacte mérite néanmoins une attention particulière lorsque le contrat n’est pas rachetable.

Le BOFiP distingue la valeur de rachat des contrats rachetables et la prime annuelle, ou prime unique, des contrats non rachetables. Un PER peut devenir rachetable lorsqu’un événement autorise un déblocage ou lorsque l’âge requis est atteint : ne pas avoir demandé de retrait ne suffit donc pas à le qualifier de non rachetable. BOFiP, paragraphe 180

Cette distinction peut avoir un effet majeur pour un capital important constitué pendant la vie professionnelle. Toutefois, la question écrite sénatoriale n°07188 signale des pratiques différentes entre assureurs sur l’application de la dernière année de cotisations. La page consultée le 4 octobre 2026 indique encore une attente de réponse ministérielle. Avant de chiffrer une transmission sur cette base, il faut sécuriser la qualification du contrat et le traitement appliqué au cas étudié. Question au Sénat

Autre avantage : les gains du PER assurantiel ne supportent pas les prélèvements sociaux lors de son dénouement par décès. Cela ne signifie pas que tout bénéficiaire est exonéré de fiscalité successorale. CNP Assurances

Dans un couple marié ou pacsé, deux mécanismes distincts peuvent jouer. Le PER du défunt est dénoué au profit des bénéficiaires désignés. Le survivant peut, de son côté, demander le déblocage anticipé de son propre PER pour décès de son conjoint ou partenaire : les versements sont exonérés, tandis que les gains restent soumis aux prélèvements sociaux. Ce second déblocage est une possibilité, pas une obligation automatique. Service Public

Après 70 ans, l'assiette successorale du PER comprend en principe le capital et les gains, après l’abattement global de 30 500 euros applicable. C’est une différence importante avec l’assurance vie : les régimes ne sont pas interchangeables. Service Public

Désigner le conjoint ou partenaire pacsé bénéficiaire du PER, et les enfants bénéficiaires d’assurances vie, peut alors être pertinent. Le conjoint et le partenaire pacsé bénéficient d’une exonération de droits de succession. Article 796-0 bis du CGI

Il faut cependant regarder la suite : le capital reçu peut ensuite entrer dans le patrimoine transmis par le survivant. L’économie réalisée au premier décès ne règle pas à elle seule la transmission aux enfants. Les besoins du survivant, les clauses bénéficiaires et les conséquences du second décès doivent être examinés ensemble.

Le PER peut ainsi répondre à plusieurs objectifs au fil de la vie : constituer un complément de revenus, garder une réserve pour la retraite et protéger ses proches. Sa force apparaît lorsqu’il est coordonné avec le reste du patrimoine.

Avant de demander combien le PER vous fera économiser cette année, demandons-nous ce qu’il doit construire pour les années à venir.

Article pédagogique de Loïc Brondeau. Règles vérifiées le 4 octobre 2026 ; application à adapter au contrat et à la situation personnelle. Exemple de capitalisation hypothétique, sans garantie de performance.

Découvrir notre accompagnement ↗← Toutes nos publications